
967 est construit comme un voyage. Son titre renvoie à une route nationale imaginaire, la Nationale 967, lieu de passage, d’attente, de fuite en arrière et de retour en avant.
Le récit commence au bord de cette route, sous un abri-bus. Un homme regarde les voitures passer, roule, attend, s’abandonne à une forme de dérive. La route devient alors moins un décor qu’un état intérieur : un espace où l’on peut disparaître, se perdre, ou croire que l’on échappe à soi-même.
Au fil de l’album, cette errance prend la forme d’une rencontre. Le bar de l’Albatros, la marche sous la pluie, des ébats dans un silo à grains, puis le départ au petit matin composent les étapes d’un récit à la fois cru, tendre et halluciné. La fuite semble d’abord l’emporter : ne pas s’attacher, ne pas rester, reprendre la route.
Mais le mouvement de 967 n’est pas seulement celui de l’éloignement. Dans Get off the bus, quelque chose bascule. Le personnage comprend que ce n’est pas forcément du bus qu’il doit descendre, mais de ses propres illusions. La route cesse alors d’être seulement une ligne de fuite ; elle devient la possibilité d’un retour vers l’autre.
Écrit et enregistré seul en août 2007, l’album garde la trace de cette urgence. Les chansons, les récits parlés, les plages instrumentales et les moments de bascule s’enchaînent comme les fragments d’un film intérieur. La dimension artisanale de l’enregistrement, loin d’en affaiblir la portée, participe à son identité : 967 conserve quelque chose de brut, de direct et de nécessaire.
Derrière la fiction, l’album porte aussi une mémoire plus intime. Dédié à Bruno Cartesse, Gerald Dean et Frédérique Forner, il prolonge le souvenir d’un amour perdu, de projets musicaux interrompus et d’une histoire restée longtemps sans forme achevée. La Nationale 967 devient ainsi le lieu imaginaire où cette mémoire peut enfin circuler.
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