Des souvenirs et un sentier

Sur le sentier raconte une histoire de mémoire, de désir et de disparition.

En bord de mer, Paul revient sur le sentier de son enfance. Il se souvient de ses vacances avec Marie, de leur liberté, de leurs promesses, de ce temps où ils n’avaient que seize ans et se croyaient liés pour toujours. Mais Marie a disparu peu après. Des années plus tard, Paul aperçoit sur une plage la silhouette d’une femme. Serait-ce elle ?

Le film de Gérard Jumel se déploie dans les paysages de la région de Cancale, en Bretagne. Les images filmées par Paul Olinger donnent au littoral, aux chemins et aux étendues marines une présence très particulière : la nature n’est pas un décor, elle devient le lieu où les souvenirs reviennent, se transforment et parfois se dérobent.

La musique s’est construite en dialogue avec cette matière visuelle. Elle ne cherche pas à souligner chaque émotion, mais à prolonger les mouvements du film : le vent, la marche, l’attente, la lumière, les silences et l’incertitude de la mémoire.

La harpe celtique y occupe une place importante. Son timbre rejoint naturellement la géographie du lieu et l’horizon marin. L’ocarina introduit au contraire une couleur plus intérieure, liée à l’enfance et à ces souvenirs qui continuent d’habiter l’âge adulte.

La partition s’organise autour de deux thèmes principaux.

Le thème du sentier est repris sous plusieurs formes au fil du film. Sa version principale, confiée à l’ocarina et à une petite formation, accompagne le lien entre le paysage, l’enfance et le mouvement du souvenir. Il connaît ensuite plusieurs métamorphoses : une variation pour piano et orchestre à cordes, fluide et nostalgique, d’inspiration ravelienne ; puis une version en ragtime, également pour piano et cordes, plus burlesque et chaplinesque. Ces déplacements de style permettent au thème de traverser les différentes tonalités du récit sans perdre son identité.

Le thème de Marie accompagne quant à lui les deux figures du personnage : l’adolescente du souvenir et la femme aperçue sur la plage. Il exprime la beauté et l’amour, sous des couleurs parfois troubles, parfois lumineuses, parfois plus légères ou amusées. Ses transformations suivent ainsi les incertitudes du récit autant que les différents visages de Marie.

Le reste de la partition demeure à découvrir. Il y est aussi question de fantômes, de pop-rock des années 1970 et de détours plus inattendus.

Pour les curieux, l’album contient également une version du thème du sentier à la guitare jazz. Elle avait été envisagée pour le générique de fin du film, avant d’être finalement remplacée par une reprise du thème de Marie à l’ocarina.

Le film comporte également une séquence chantée, qui fait revenir, en clin d’œil, la comédie musicale en marge du récit. Florence Branger, également présente à l’image dans le film, chante aux côtés de Morgan Le Roux, dont la voix est associée au personnage incarné à l’écran par Gérard Jumel. Cette dissociation entre les corps filmés et les voix chantées donne à la séquence une dimension légèrement décalée, presque suspendue.

La présence de Matin de mariage à la fin de l’album prolonge cette relation ancienne entre Gérard Jumel et François Bernaud. Composée en 1987 pour un précédent court métrage musical du réalisateur, l’œuvre agit ici comme une trace de continuité entre deux périodes, deux films et une même attention portée à la relation entre image, récit, musique et voix.

Sur le sentier est ainsi une musique de film, mais aussi une partition autonome. Elle accompagne le récit de Paul et Marie tout en poursuivant, hors de l’écran, son propre chemin dans l’écoute et dans la mémoire.

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